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[10] LE PLAISIR DE DÉTRUIRE

« L’œuvre se désagrège, périt. La mort de l’image ne me mettait plus au désespoir. En créant l’image je tentais alors d’y incorporer sa disparition et sa mort, de compose avec elle. »

Arrive le moment, au début des années 1930, où Arp prend conscience que la recherche de l’absolu est vaine, que la perfection, la pureté, la certitude ne sont que chimères. Ce sentiment est issu de la découverte de certains de ses collages qui, entreposés dans le grenier, se sont dégradés, mais aussi d’une expérience plus intime – la disparition de sa mère. Il manifeste incontestablement une critique de l’utopie moderniste (on pense à l’art concret de van Doesburg et à son rêve d’une peinture blanche élaborée « au plus haut sommet du vrai, où l’air est pur et n’est supportable que par des poumons métalliques ») qui peut être rapprochée de la pensée sur le bas-matérialisme de Bataille. Se faisant à l’idée que toute vie est vouée à l’usure, à la désintégration et à la mort, Arp tente d’intégrer ce processus naturel à ces œuvres. Il réemploie alors d’anciens collages, des gravures ou des dessins (les siens ou ceux de ses amis), qu’il déchire et dont il reconstelle les fragments d’une manière nouvelle. La récurrence de cette pratique sera montrée ainsi que l’une de ses variations, les papiers froissés dont il exploite le potentiel à partir de la Seconde Guerre mondiale : réalisés à partir de papier d’emballage, ils témoignent de la misère et de la pénurie qui sévit à cette époque ; mais aussi de sa violence par le geste que Arp leur inflige. Pour bien faire comprendre, et ce contre tous les clichés, qu’une certaine violence est à l’œuvre chez Arp, nous présenterons une sculpture, un Nu floral, littéralement sectionné.

 

* Les citations placées en tête de chaque paragraphe sont toutes de Hans Jean Arp et sont tirées de  Jours effeuillés. Poèmes, essais, souvenirs 1920-1965, Paris, Gallimard, 1966. Elles ne seront pas nécessairement intégrées à l’exposition elle-même.