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[11] PRODUIRE / REPRODUIRE : LA MAIN À L’ŒUVRE
[12] PRODUIRE / REPRODUIRE : LA MAIN S’ABSENTE
[13] PRODUIRE / REPRODUIRE : SOLEIL RECERCLÉ
[14] PRODUIRE / REPRODUIRE : COMME LA NATURE

« Souvent, un détail d’une de mes sculptures, un galbe, un contraste me séduit et devient le germe d’une nouvelle sculpture. J’accentue ce galbe, ce contraste, et cela entraîne la naissance de nouvelles formes. Parmi celles-ci, certaines – deux par exemple – poussent plus vitre et plus fort que les autres. Je les laisse pousser jusqu’à ce que les formes originelles soient devenues accessoires et presque indifférentes. Finalement, je supprime une de ces formes accessoires et indifférentes afin de dégager les autres. Il me faut souvent des mois, des années pour mener à bien une sculpture. […]. »

« Nous ne voulons pas copier la nature. Nous ne voulons pas reproduire, nous voulons produire. Nous voulons produire comme une plante qui produit et ne pas reproduire. Nous voulons produire directement et non par truchement. Comme il n’y a pas la moindre trace d’abstraction dans cet art, nous le nommons : art concret. »

Arp s’était initié à la sculpture pendant sa période de formation ; il s’y remet au début des années 1930. Dans un premier temps, on s’intéressera à saisir le processus de production des sculptures, gestes du sculpteur et modes opératoires. Loin des expérimentations matiéristes et techniques des avant-gardes, Arp privilégie le plâtre, un matériau neutre, sans résistance, qui se laisse former avec facilité. Modelée, sa surface peut être animée et garder la trace des doigts (cf. Paysage de Trêve), mais le plus souvent Arp exploite la ductilité du matériau pour réaliser des formes lisses et souples. Ces plâtres constituent des modèles, dont Arp fait généralement exécuter plusieurs moulages. Ici se situe l’originalité de Arp : ces moulages sont susceptibles d’être réemployés, Arp leur faisant subir toutes sortes d’opérations pour créer de nouvelles sculptures. Il greffe, assemble, juxtapose, superpose des sculptures, ou des fragments de sculptures, il les sectionne, il en allonge une partie ou la raccourcit, il change l’orientation de la sculpture, etc. Assurément, Arp s’inscrit dans la filiation de Rodin, auquel il a d’ailleurs rendu hommage par un poème.
Dans un deuxième temps, on rappellera que ces plâtres étaient destinés à être reproduits, par des assistants attitrés, en divers matériaux (bronze, marbre, pierre calcaire, granit, aluminium, etc.) et en diverses dimensions, parfois à des années de distance. Cette pratique n’a rien d’exceptionnel dans le domaine de la sculpture. Sans doute la conception qu’il s’en fait l’est-elle davantage et s’inscrit-elle encore une fois dans la filiation de Rodin. Les notions interrogées sont en effet celles d’originalité et d’unicité, qui généralement sont liées ; une interrogation sans doute redevable à ses premières expériences dans le domaine de la délégation de la réalisation, du temps de Dada. Contestant l’œuvre d’art traditionnelle, Arp réalisait alors plusieurs exemplaires de ses premiers reliefs, confiant à un menuisier la préparation des éléments en bois et se passant volontiers  de les colorer lui-même.
Dans un troisième temps, la notion de production sera étudiée au sens métaphorique, selon l’idée chère à Arp d’une sculpture qui ne reproduit pas un objet de la nature (au sens d’imiter), mais qui est produite comme la nature. Aussi cherche-t-il à soumettre ses sculptures à un processus de formation qui contient à lui seul tous les types de croissance, minérale, végétale, animale, humaine, voire cosmique, et que vient résumer un terme, celui de « Concrétion ». Ces sculptures qui se veulent aussi concrètes qu’un objet de la nature devront mener à une réflexion sur leur présentation, et plus particulièrement sur la question du socle, qu’Arp l’ait abandonné ou qu’il l’ait intégré à la sculpture même – ceci rappelant l’estime de Arp pour l’œuvre de Brancusi.

 

* Les citations placées en tête de chaque paragraphe sont toutes de Hans Jean Arp et sont tirées de  Jours effeuillés. Poèmes, essais, souvenirs 1920-1965, Paris, Gallimard, 1966. Elles ne seront pas nécessairement intégrées à l’exposition elle-même.